Le 11 octobre, lors de son 2 006e jour de mission, le compteur kilométrique du rover Perseverance de la NASA est passé à 45,22 km. Il a ainsi détrôné le précédent record de 45,16 km détenu depuis 2018 par un autre rover de l’agence : Opportunity, qui avait mis 15 ans à la parcourir, alors qu’il n’a fallu que cinq ans et demi à Perseverance pour le dépasser de 60 mètres. Perseverance a également dépassé les 39 km de Lunokhod 2, rover soviétique qui détenait depuis 1973 le record de distance sur la Lune, et les 35,7 km du Lunar Roving Vehicle (LRV) d’Apollo 17, piloté en 1972 par Gene Cernan et Harrison Schmitt.
Il double la distance qui était prévue pour sa mission, comme le rappelle Steven Lee, chef de projet des rovers Perseverance et Curiosity au Jet Propulsion Laboratory (JPL). « La mission d’origine ne prévoyait pas plus de 20 km de conduite. Nous avons largement dépassé cet objectif » a-t-il déclaré. La NASA, semble-t-il, a tiré les bons enseignements de Curiosity, qui a aujourd’hui les roues criblées de trous ; celles de Perseverance, même si elles sont un peu marquées, peuvent théoriquement l’emmener encore plus loin.
AutoNav : l’autre héros du record de Perseverance
Si Perseverance a réussi à couvrir autant de terrain en peu de temps (dans un environnement très hostile au matériel humain, qui plus est), c’est principalement grâce à son système de pilotage autonome, baptisé AutoNav. Contrairement à ses prédécesseurs Sojourner et Spirit, il n’est pas téléguidé à distance par les équipes au sol.
AutoNav intègre des ordinateurs dédiés et des algorithmes de cartographie 3D en temps réel qui lui permettent de se repérer dans son environnement immédiat, qu’il détecte grâce à ses caméras et de contourner les obstacles. Les équipes au sol se contentent de lui donner un point d’arrivée et le rover analyse lui-même le terrain, détecte les pièges (roches acérées, dunes de sable mouvant, pentes raides) et gère son parcours seul.
Ce système a assuré plus de 90 % de la distance totale parcourue par Perseverance, les 10 % restants ayant été planifiés et dictés mètre par mètre par les ingénieurs du JPL sur Terre pour des phases de manœuvres ultra-précises ou des passages dans des zones topographiques particulièrement complexes où l’œil humain reste irremplaçable.
Spirit et Opportunity, qui embarquaient une version primitive d’AutoNav, ne l’utilisaient que 5 % du temps : le reste du trajet était piloté manuellement depuis la Terre. Dans sa version actuelle, le système analyse 600 000 points de mesure pour reconstruire le relief en trois dimensions et repérer les obstacles. Sojourner, le premier rover de la NASA à avoir roulé sur Mars en 1997, n’en traitait que 20 par cliché, ce qui le contraignait à avancer par à-coups, en attendant que les ingénieurs au sol valident chacun de ses déplacements.
Grâce à un second processeur dédié uniquement au traitement d’images et à des algorithmes de cartographie beaucoup plus puissants, Perseverance traite les images de ses caméras de navigation en temps réel pendant qu’il roule. Il peut donc se mouvoir indépendamment et « réfléchir » en même temps sans jamais avoir à s’arrêter pour attendre des instructions.
Actuellement, il se trouve en bordure occidentale du cratère Jezero, dans une zone baptisée Lac de Charmes, et il est en route vers un site nommé Idubi. La région qu’il explore pourrait être l’un des paysages les plus anciens jamais étudiés dans le Système solaire.
La planète Mars, en l’absence de toute tectonique des plaques active, n’a subi aucune érosion par subduction, comme c’est le cas sur Terre, ce qui signifie que ses formations géologiques les plus vieilles restent intactes en surface. Elles attendent juste qu’un petit rover suffisamment endurant puisse s’y aventurer pour être étudiées. Par ailleurs, la NASA vient d’approuver officiellement la première extension de la mission de Perseverance, qui se poursuivra finalement jusqu’à fin 2028, et travaille à certifier le rover afin de le pousser sur une distance totale de 100 km. « Tous les systèmes de mobilité sont pleinement opérationnels et les résultats des tests de durée de vie au sol sont favorables. Nous nous attendons à ce que Perseverance continue à battre ce record pendant encore de nombreuses années », a ajouté Lee. Pas mal, pour une machine dont la mission initiale ne devait durer qu’une année martienne, soit à peine deux ans terrestres !